Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 22:10

Pour Le défi du samedi    


Récolte du goémon en pays Pagan

Le vent souffle sur cette lande bretonne, étendue désolée d’ajoncs et de bruyères. La nuit commence à tomber et l’on distingue à peine la cahute de pierres. C’est une construction sobre, trapue, couverte de chaume aux ouvertures rares et étroites. Isolée au milieu d’un dédale de haies de genêts et de talus, elle semble ancrée au sol, au sol de cet austère Léon en plein pays Pagan.


Dans une atmosphère légèrement enfumée, le maître des lieux, coudes sur la table, finit d’engloutir sa soupe au lard, sous le regard discret de sa femme. Debout dans la pénombre, elle attend et lui présentera ensuite une bouillie grossière d’orge et d’avoine.

Elle ne mangera qu’après son homme.

La journée fut éreintante pour elle aussi puisque, comme à l’accoutumée, elle participe pleinement aux travaux de la ferme. Aujourd’hui c’était la récolte du goémon. Toute la journée, nu-pieds sur les rochers glissants, armés de fourches et de râteaux ils ont ramassé le précieux varech qu’ils mettront à sécher sur la dune pour en faire de l’engrais.

Il est nerveux et se dépêche.
 
Dehors, malgré la nuit tombée, le vent de noroît gémit et continue de forcir.
 
Yann d'Argent - Les pilleurs
Les "païens" guident une vache affublée d'un fanal le long de la côte
déchiquetée pour attirer le navire vers les récifs
Avec d’autres paganiz des hameaux environnants, ils se sont donné rendez-vous pour cette nuit, sur ce coin de côte hérissé de récifs.
 
S’essuyant la bouche d’un revers de manche, il se lève et se dirige vers l’étable attenante. Au passage il prendra aussi quelques fanaux.

 
Dans un rituel déjà bien éprouvé, ils accrocheront un flambeau à la corne des vaches pour tromper les vigies des bateaux de passage.

On les appelle Paganiz (païens), leur amour du pillage sans doute, mais ils ont un grand cœur. Ils laisseront la vie sauve aux naufragés, si tant est qu’ils les laissent piller leur embarcation.

Naufrage sur la côte bretonne Pierre-Émile Berthélémy, peintre normand (1818-1890)
Il se dit que cette terre bretonne du pays Pagan est la maîtresse de l’océan. Un océan qui l’enlace tendrement, la caresse, lui souffle au visage son haleine tempérée et, à chaque marée, la pénètre intimement par les petits fleuves et les rias. Il la pénètre intimement et ne manque pas, lors de chaque tempête, de déposer son offrande sous forme de denrées, d’objets ou de trésors.

Luttant contre le vent en menant sa vache vers la grève, il rêve pour ses filles sauvages, d’une dot qui aurait l’apparence de dentelles, satins ou soieries de Chine.
 
 

Par SklabeZ - Publié dans : Plumier & encrier
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 00:41

Par SklabeZ - Publié dans : Pensées à haute voix
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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 00:54
Par SklabeZ - Publié dans : Miss Hell Agnus
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 18:28

 

 

La faneuse est fanée ...

   

Saint-Guenael-20120505--1-.JPG

 

 

 

 

                                                     ... et le biclou ne vaut plus un clou    

 

Lanester-20111119--12-.JPG

 

 

Par SklabeZ - Publié dans : Clichés
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 00:05

Pour Un mot. Une image. Une citation

Un mot nasale

Une citation Dans chaque lit il y a des poux - Proverbe corse

 

 


Trempé de sueur, Luigi se réveille en sursaut. Non, ce n’est pas un cauchemar, c’est encore sa jambe qui le démange. Rien qu’une démangeaison, certes, mais elle est insoutenable. Son mollet fourmille de picotements.

Un proverbe de son pays dit « dans chaque lit, il y a des poux » hélas ! pas dans le sien. Luigi a une bonne hygiène de vie et est très strict sur la propreté. Dans son lit il n’y a pas de poux mais il aurait tant aimé qu’il y en eût. C’eût été trop simple en effet, il aurait ainsi pu identifier les coupables responsables de son tourment et s’en débarrasser comme de la vermine.

Comme les picotements continuent, il tend la main, machinalement, pour se gratter. Elle ne rencontre que le vide. Une fois encore, il est tombé dans le panneau, il se fait prendre à chaque fois. Difficile en effet de se gratter la jambe, de se gratter une jambe qu’on n’a plus, amputée sous le genou depuis un accident de déminage alors qu'il était sous mandat de l'ONU en Bosnie.

Impossible de soulager cette sensation fantôme, gênante, douloureuse et envahissante. Un sentiment d’impuissance à s’en taper la tête contre les murs !

Il ne se rendormira plus maintenant et déclenche son baladeur. La belle voix, douce, nasale et chaude de Jean-Claude ACQUAVIVA, chanteur du groupe corse A Filetta entonne « Comme un souffle ».

Près de son lit, l’applique murale diffuse une lumière douce. Cette lampe lui rappelle la face voilée des femmes musulmanes qu’il a essayé de protéger du nettoyage ethnique à Srebrenica. Luigi l’aime bien cette lampe, sa belle Herzégovine, celle qui l’apaise quand la douleur est trop forte. C’est maintenant à elle de le protéger. 

La complainte estompant ses fourmillements il peut contempler à loisir sa jolie sarrasine. Aujourd’hui la jeune Bosniaque est triste. Il croit même apercevoir une larme perler sous son voile. Son beau visage semble regarder vers le bas, là où, sur la descente de lit, l’attend sa prothèse, inerte, démontée pour la nuit.


Par SklabeZ - Publié dans : Plumier & encrier
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